• Prendre ses jambes à son cou

     

    Prendre ses jambes à son cou

      

    Il fut un temps où nous fûmes de simples singes, de simples, grands singes, beaux et sages. Les arbres et leurs feuillages abritaient nos rêves et nos journées. Le ciel prenait la forme des nuages et la douceur des fruits suffisait à nos rires. Quand venait la mort d'un des nôtres, nous pleurions, le chagrin nous effondrait déjà. Mais nous ne savions qu'en faire, alors bien vite nous reprenions nos épuçages coquins pour oublier l'absence et revenir au présent.

    Les fêtes nous livraient à l'orage et nous savions nous acoquiner à tout vent, sans autre préoccupation que celle du temps qui passe et des nerfs qui s'effacent dans la jouissance sereine et commune.

     

    Il fut donc un temps où nous pouvions languidement nous abandonner sur les branches d'un arbre, les mains placides sur le ventre et les jambes enroulées autour du cou, car la paix prend toujours des airs de volutes.

     

    Et puis cela ne dura pas... allez savoir pourquoi. Peut-être un serpent ou le goût d'un fruit manquant ? Mais la peur prit le ventre d'un de nos partenaires. Nous ne le comprîmes pas. C'était quoi ce tohu-bohu qu'il nous envoyait à tout crin. Il avait peur, c'était quoi ?

    Il se mit à nous lancer des appels comme jamais on n'en avait entendu. Des borborygmes incongrus à vous percer les oreilles.

    Nous nous mîmes à plusieurs pour tenter de le calmer, à tendresses folles et coïts concentrés. Mais rien n'y fit : il avait peur, tremblant de tous ses poils. Il ne pouvait plus rester ainsi, nous comptait-il, l'insane.

     

    Tant et si bien qu'un petit matin nous fîmes conseil d'urgence et d'irrégularité pour comprendre comment faire face à ce nouvel élément qui perturbait nos enroulements de siestes et nos rêves sans objet.

     

    Nous nous établîmes sur nos branches, jambes bien enroulées autour du cou, afin que sagesse puisse s'exprimer. Des plus anciens aux plus jeunes, de la femelle au mâle, chacun donna son avis : notre apeuré avait sali notre habitacle d'une onde délétère que nous ne parvenions pas à chasser.

     

    Il nous fallait donc changer de place. Le vote se fit sans difficulté : à l'unanimité l'exil fut choisi, aveugle et lucide.

    Et c'est ainsi que nous prîmes nos jambes à nos cous, pour fuir la peur qui pourtant ne nous lâcha plus.

      


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  • Commentaires

    1
    Mardi 9 Août 2011 à 10:06

    J'aime beaucoup ton dessin et ton texte. Profond et parlant aux entrailles de nous-mêmes... C'est pour ça qu'il nous touche

    2
    Kô Mêo
    Mercredi 10 Août 2011 à 17:45

    CQFD ;-)

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